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Pour Georges Autard
On simagine
souvent que les nombres
sont blancs et froids
comme des cristaux de neige
et que les mathématiciens
skient sur leurs pentes
en respirant lair le plus pur
On simagine
que c est le meilleur refuge
contre les tourments de nos viscères
la pollution de nos cerveaux
les déchirements de nos familles
les haines entre nations et races
les sursauts de la barbarie
Et cest bien vrai quils peuvent lêtre
si le mathématicien le mérite
cest à dire sil a bien compris
quils sont souvent tout autre chose
et que dinnombrables cadavres
pourrissent cloués sur les chiffres
statistiques ou matricules
Il y a des nombres tranquilles
dautres en danger dexplosion
il y a des nombres tout simples
et dautres remplis de recoins
dobscurités palpitations
de crissements et perspectives
grondements précipitations
Ce sont les calculs qui permettent
bombardements exploitations
aussi bien quenvols délivrances
explorations et guérisons
il y a des nombres qui brûlent
et dautres qui nous emprisonnent
dégoulinant de nos malheurs
Dans le labyrinthe des chiffres
il y a jardins et carcans
plage délices et tortures
des ruisseaux de lave et de sang
à distiller en élixir
pour la fontaine de jouvence
où nous boirons la vie des dieux
Michel Butor
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